Charron en Aveyron : un métier toujours vivant !

Alors qu’il ne reste qu’une dizaine de charrons en France, nous avons la chance d’en avoir un en Aveyron.

En 1983, quand Raymond Soulié s’installe comme menuisier à Castelnau-Pégayrols, sur le Lévézou, il a depuis toujours, une passion : le cheval et il rêve de construire des voitures en bois, il se met donc en quête d’un formateur. En 1987, après bien des recherches, il rencontre, Albert Boutonnet, un ancien charron reconverti, qui accepte de lui apprendre, bénévolement, les différentes techniques traditionnelles du métier. Quatre ans plus tard, en 1991, Raymond se sent prêt à démarrer son activité de charron. Pour cela il lui faut du matériel spécifique, il finit par trouver une machine à façonner les rais de roues, un diviseur pour percer le moyeu et un chantier à ferrer les roues. Le reste du matériel nécessaire sera le même que celui utilisé pour la menuiserie.

Enfin son rêve se réalise, il est “rodier” ! Les premières commandes arrivent ! La demande concerne surtout les roues car si certains restaurent eux-mêmes leur véhicule, le problème des roues est très complexe et délicat. Raymond les restaure ou les fabrique. Il répare aussi des véhicules hippomobiles que leur propriétaire lui confient. Il remplace les pièces de bois vermoulues, (“cussonadas”) démonte et redresse les ferrures, fait fabriquer des coussins en cuir rembourré de crin de cheval, selon la technique traditionnelle. Parfois l’épave est en trop mauvais état alors, il relève les plans et refait une caisse à l’identique.

Raymond utilise les essences de bois spécifiques à la charronnerie et uniquement d’origine locale qu’il fait scier à l’avance et sécher pendant plusieurs années. Le frêne est utilisé pour les jantes de roues, les brancards, les timons et les caisses des voitures. L’acacia sert pour les rais des roues et l’orme tortillard pour leurs moyeux. Comme autrefois, il fait bouillir les moyeux avant d’insérer les rais pour qu’en se rétractant ils les bloquent en un assemblage précis.

La joie de Raymond s’est de faire revivre ces voitures du temps jadis. En nous montrant une roue appuyée au mur en attente de réparation, il nous dit : « C’est tellement mieux de les voir rouler que servir de décoration. ». Il est en effet affligeant de voir ces voitures pourrir sur une pelouse ou être mangées par les vers dans une grange. Breaks, jardinières, tombereaux, chars à foin, camions, il y a à peine 50 ans en arrière, circulaient sur nos routes. Il serait souhaitable que les collectivités ou les particuliers prennent conscience de la valeur de ce patrimoine, à la fois historique et technique. Leur restauration permettrait de maintenir un emploi et peut-être d’en créer d’autres.

En attendant les commandes “passions”, Raymond fait de belles menuiseries.

Bernat