Souvenir…

De toutes les fêtes chrétiennes, Toussaint est sans aucun doute celle qui est célébrée avec le plus de sincérité, le plus de ferveur mais aussi dans la plus grande simplicité par la plupart des français, catholiques pratiquants ou pas, qui n’hésitent pas à faire beaucoup de kilomètres pour se rendre sur les tombes de leur famille. Une journée de pause dans l’année, une parenthèse de sérénité dans un monde où nous vivons à un rythme effréné. Un rendez-vous, au moins une fois l’an, avec nos souvenirs, notre passé, nos aïeux qui nous ont précédés et qui ont fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui.

Nous avons tous besoin, par moments, de nous souvenir d’où nous venons et où sont nos racines : entretenir une tombe, la fleurir, se recueillir devant une plaque où sont inscrits les noms des êtres aimés en se remémorant leur visage, le son de leur voix, les moments vécus près d’eux ; tout cela est nécessaire à l’équilibre de tout être humain.

Ceux qui sont enterrés là dans tous ces cimetières, du plus petit carré blotti contre son église dont les cloches ne tintent plus depuis bien longtemps jusqu’au champ des morts des grandes villes, sont notre mémoire. Ce sont eux qui ont travaillé la terre avant nous, qui ont bâti nos maisons, qui nous ont élevés, soignés, qui ont lutté pour que nous ayons du travail, que nous soyons des hommes et des femmes libres. Ce sont eux qui ont façonné, chacun à sa modeste place, le monde dans lequel nous vivons. Pour tout ce qu’ils ont fait ils méritent notre respect.

Les cimetières ne sont pas des lieux tristes comme certains pourraient le penser. Bien au contraire. Si l’on prend le temps quand on se promène dans un cimetière de lire les plaques déposées sur les tombes avec les noms, les dates et les hommages, de regarder les photos des défunts, on peut se faire une idée précise de ce qu’était un village il y a dix ans, vingt ans, trente ans… Les chrysanthèmes de toutes les couleurs donnent un air de fête à ces lieux, comme pour un anniversaire joyeux.

Autre forme de souvenir, dans une semaine nous serons conviés à nous rassembler devant les monuments aux morts de nos communes pour célébrer l’armistice du 11 novembre 1918. Les noms gravés dans le marbre nous rappellent que la liberté que nous avons la chance de connaître a un prix. Le prix de leur sang versé pour la terre de France, de leurs vies sacrifiées en pleine jeunesse, le prix imposé par la bêtise humaine. Puisse l’image du président François Mitterrand et du chancelier Helmut Köhl main dans la main, les yeux dans les yeux, debout devant l’ossuaire de Douaumont à Verdun le 22 septembre 1983 demeurer à jamais comme le symbole des peuples français et allemand définitivement réconciliés.

Croyants ou pas, nous avons tous ce devoir de mémoire et, par dessus tout, nous avons à le transmettre à nos enfants en leur expliquant la signification de cette fête et de cette commémoration ; cela aussi est une forme d’instruction civique : si nous respectons les morts, nous respecterons mieux les vivants qui nous entourent. La fête de Toussaint n’est pas seulement une affaire de religion, loin de là !

Gilles Combes