Max Rouquette, l’enchanteur.

On fête cette année le centenaire de Max Rouquette considéré comme un des plus grand sécrivains du 20e siècle.

Issu d’une famille de lointaine origine rouergate (La Couvertoirade) descendue dans la plaine de l’Hérault, Max Rouquette est né le 8 décembre 1908 à Argelliers, petit village à 20 km de Montpellier, entre les contreforts du Larzac et la mer.

Il fera des études de médecine à Montpellier, passera son internat à Toulon, pour devenir médecin de campagne à Aniane dans l’Hérault, puis à partir de 1948, il deviendra médecin-conseil à la Sécurité Sociale nouvellement créée à Montpellier, où il vivra jusqu’à sa mort le 24 juin 2005 à 96 ans.

Max Rouquette était aussi un homme d’action occitaniste, fondateur avec Ismaël Girard et René Nelli de l’IEO en 1945, fondateur en 1963 et président du PEN Club de Langue d’Oc, lié au PEN Club association internationale de défense des écrivains.

Quelques vers de Mireille de Mistral récités en occitan par son père un jour qu’ils ramassaient des liserons pour les bêtes – il avait une douzaine d’années – suffirent à le décider de n’écrire qu’en occitan, la langue parlée par tous à Argelliers à cette époque.

Son œuvre est faite de poésie (Psaumes de la nuit, A mille années-lumière, Le tourment de la licorne), de nouvelles (Vert Paradis), de romans (La Quête de Pendariès, Tout le seble de la mer), de théâtre (16 pièces, la plus part inédites). Vert Paradis est considéré comme son œuvre maîtresse. Son écriture souple, ample et précise, naît à la rencontre de la culture populaire (les contes de la grande tradition orale occitane qu’il entendit enfant) et de la culture de grande littérature (la Bible janséniste de Lemaître de Sacy, Mistral, Dante). Il y puisa sa force d’enchantement.

L’écrivain Roland Pécout voit Max Rouquette comme un chaman qui sait voyager aussi bien dans l’esprit d’un chasseur blessé à mort Costesoulane (La mort de Costasolana), que dans celui d’un renard tombé dans un bassin asséché et qui meurt de soif (La renarde dans le bassin).

Toute l’œuvre rend compte de l’unité de l’homme et du cosmos, et derrière l’enchantement de la beauté du monde que l’écriture révèle, effleure le sentiment profond de sa cruauté et de l’impermanence de toute chose. Cette œuvre est traduite en anglais, allemand, néerlandais, espagnol, catalan et bulgare.

En 2003-2004, deux pièces traduites en français par Max Rouquette, ont rencontré un large public : Le Glossaire, jouée à la Comédie Française. Et surtout Médée – dont il a fait une gitane traversée de forces archaïques – joué par le Théâtre des Amandiers de Jean-Louis Martinelli à Nanterre avec une troupe de Burkinabés, et qui a eu un grand succés en France (Paris, Marseille, Montpellier, Toulouse, Privas) et aussi en Afrique de l’Ouest. Elle s’est jouée au Festival de Naples en juin cette année.

Max Rouquette a aussi fait en français des livres avec des photographes. Avec Georges Souche, par exemple, un livre sur le Larzac.

Pour le centenaire, on pourra voir à l’Estivada de Rodez en juillet, une pièce de théâtre, La Pastorale des Voleurs, créée entièrement en occitan le 24 juillet, surtitrée en français, et le 23, une conférence de M. J. Verny : Exil et exilés dans l’œuvre de Max Rouquette avec des lectures de Aurélia Lassaque.

Voici le début du Hautbois de neige, tiré de Vert Paradis I :

Voici le Larzac la terre abandonnée. Les aubes y sont sans espoir et le crépuscule en est désespéré. Sur la terre dénudée et plate qui rejoint un ciel livide, ce n’est pas, comme ailleurs, le jour seulement que l’on quitte, mais le ciel tout entier, semble-t-il, pour une nuit de froidure et de mort. L’herbe rase, couchée par le vent âpre, lutte sans fin ; les bêtes sont parties, l’air est pur de toute voix, comme l’air du passé dans la mèmoire. Pauvre buis qui ont vus mes ancêtres aux yeux clairs, gelés par des années et des années de neige, de lutte et de vent, de solitude et d’ignorance, pauvres buis livrés à la glace du monde et qui ne connaissent que l’aventure du lièvre au poil chaud, ou celle du perdreau perdu dans le soir ; énormes rochers pensifs, aux épaules lourdes, aux têtes de lions ou de grand sage, votre échine s’est accoutumée au mauvais temps. Combes, qui retenez la nuit dans votre ombre… Terre du vent, de la neige et du loup…

Pour plus d’informations vous pouvez aller voir le site internet : www.max-rouquette.org