Une renaissance pour le Moulin de Roupeyrac

Après une première restauration en 1968, le 8 juillet 2006, avait lieu l’inauguration du Moulin de Roupeyrac à Durenque où naquit François Fabié en 1846. Autour de son syndicat d’initiative, tout un village s’est mobilisé pour faire revivre ce lieu, ils nous offrent une “maison d’écrivain et un bâti magnifique avec sa scierie en état de marche.

Voici un extrait du discours de Jean-François Coste, parent de François Fabié et secrétaire de l’Amitié Fabié, lors de cette inauguration :

« Le projet de sauver le moulin de Roupeyrac une deuxième fois ne s’est pas résumé à un sauvetage mais à ouvert la voie à toute une aventure. C’est l’effort de tout un village qui a su se rassembler, effort des politiques qui ont su donner les moyens pour atteindre ce très beau résultat. Ce qui a été commencé voici trente ans s’est déployé pour aujourd’hui donner naissance non pas simplement à un musée restauré mais à une maison d’écrivain et à la sauvegarde de tout l’ensemble patrimonial des moulins de Roupeyrac.
Non par simple goût nostalgique pour de vieilles pierres mais parce qu ‘elles abritent notre âme, parce qu’elles sont le signe d’une mémoire vivante et qu’un peuple sans mémoire est un peuple sans histoire. Mais pour qu’un peuple ait une mémoire il lui faut une écriture qui l’incarne : c’est l’oeuvre de François Fabié, née de son « exil ». C’est ce qu ‘on a perdu qui naît dans l’écriture pour que ne nous quitte pas tout à fait ce dont on s ‘est éloigné. Et ce qu’a fait naître François Fabié, c’est le début d’une reconnaissance et le début d’une conscience.
Michèle Gorenc a rappelé dans sa thèse que François Fabié a été un acteur important d’un mouvement poétique à l’origine du mouvement régionaliste. Parler de « la petite patrie » et la célébrer peut aujourd’hui apparaître désuet, pourtant c’était donner la possibilité aux aveyronnais vivant encore au pays ou dispersés par l’exode rural de penser leur identité, de se penser comme peuple. Et se penser comme peuple c ‘est pouvoir revendiquer une langue et une culture.

La maison d’écrivain reliée à l’ensemble du site avec ses moulins et sa scierie retrouvée conjugue ce que conjugue la poésie même de Fabié. En conservant et en redonnant un lieu à son écriture, son écriture continue de faire vivre un lieu pour que nous puissions y apprendre et y prendre de quoi nourrir ce que nous sommes. Il n’y a qu’à voir comment les différentes générations de ce village ont collaboré pour mettre en place la scierie, refaire la cour et d’autres choses encore pour sentir que ce lieu est notre mémoire en acte.
Mais tout ça n’est pas né et ne vit pas d’une volonté d ‘affirmation identitaire qui se replierait pour mieux s’affirmer. Là encore l’histoire de Fabié et de ce lieu nous rappelle que rien n‘aurait été possible sans l’ouverture à ce qui nous vient de l’extérieur. Si le corps de Fabié avait reposé à Durenque il y aurait été bel et bien enterré. L’impossible retour de son corps exigeait que nous gardions vivant son souvenir, son esprit et qu’en quelque sorte sa maison soit conservée non pas comme une relique, mais comme l’écrin de son écriture qui reste le vivant de cet homme. Chaque fois que l’oubli a menacé nous n’en sommes sortis que par la conjugaison des énergies venues de l’intérieur et de l’extérieur, les deux étant inséparables.
Notre ambition [...] convier le public à entrer dans un lieu et une oeuvre sans spectacularisation ni folklorisation ; non pas un lieu culturel mais un lieu de culture. Un lieu auquel nous ne souhaitons pas seulement le succès mais dont nous attendons un rayonnement.
 »

Quelle description du Moulin de Roupeyrac pourrait-elle être plus juste que celle de l’auteur lui-même :
« Je revois notre maison, le Moulin- Haut, la scierie, le grand jardin, en contrebas de la chaussée, avec sa longue rangée de ruches, ses vieux poiriers dont deux frôlaient de leurs branches les vitres de notre chambre et dépassaient de leur cime la toiture d’ardoise rousse.
Qu’elle me paraissait belle et vaste alors, cette maison, pauvre ruine aujourd’hui. Elle était pourtant bien modeste et bien simple : en bas, un double moulin, pour le blé et pour l’huile, avec, d’un côté, une étable pour les vaches, et une de l’autre côté pour les cochons, les poules, les canards et les oies. Au-dessus des moulins, la grande salle servant de cuisine, de salle à manger ; de chambre à coucher même, avec le lit maternel à droite du foyer ; et un autre sous l’escalier menant au galetas.

Au-dessus de l’étable des vaches, une chambre, notre meilleure chambre. Au-dessus de l’étable des porcs et de la volaille, une autre chambre, celle de mes grands-parents et de mes oncles quand ils venaient nous voir. Là-haut, sous le toit, un galetas servant de grange et de débarras, menace perpétuelle d’incendie.
Devant la maison, bien au midi, la cour où 1 ‘on descendait par un large et massjf escalier ; avec parapets de maçonnerie par-dessus lesquels on culbutait parfois, mais la litière et le fumier amortissaient la chute tout au plus risquait-on, d’un côté, d ‘être dévoré par les porcs dont tout moulin possédait un bel assortiment, et, de l’autre, de rouler jusqu ‘au bouge profond et gardant toujours un demi-pied d’eau où se cachent et pleurent en dormant les roues à auges des moulins, quand elles ont cessé de tourner vertigineusement,frangées d’écume et pailletées d’éclairs.
 ».

Les visiteurs d’aujourd’hui retrouveront l’ambiance décrite par Fabié dans un moulin habilement restauré où ils pourront découvrir sa vie et son oeuvre.

Le Moulin de Roupeyrac
Tél.:05 65 78 18 85,