Découverte de quatre nouvelles statues-menhirs

Si depuis une dizaine d’années la moyenne des découvertes de statues-menhirs s’établit à une tous les deux ans, par contre entre le mois de novembre 2004 et mai 2005 ce sont quatre nouvelles statues-menhirs qui ont vu le jour après un sommeil de près de 5000 ans.

C’est à la perspicacité d’un conducteur de Bulldozer, M. Lautrec de l’entreprise Milhau de Belmont, que l’on doit la première découverte près de la ferme de Montvallon commune de Laval Roquecézière. Il fallait en effet être très attentif pour discerner parmi les pierres d’un mur que l’engin démolissait, les fines gravures représentant un personnage féminin. Et Roland Delmas, le propriétaire du terrain a eu le bon réflexe de prévenir les archéologues locaux de cette intéressante découverte.

Il s’agit d’une statue féminine (figure 1) présentant le visage avec deux yeux, le nez, un collier à huit rangs encadré par les seins, les bras terminés par les mains, et au-dessous la ceinture. Les gravures sont réalisées par piquetage repris ensuite sur la face avant par un polissage. Dans le dos, exécutées par piquetage, la chevelure et les omoplates complètent la statue1.

C’est au mois de janvier 2005 que Ernest Cambon de la ferme d’Albespy, commune de Mounhès-Prohencoux, remarqua parmi les pierres qu’il extrayait d’un ancien mur, une statue-menhir et informait aussitôt Michel Maillé de sa découverte. Le lendemain M. Maillé et J-P. Serres se rendaient sur les lieux pour authentifier, photographier et commencer l’étude de ce monument. Et c’est, sur le tas de pierres où la découverte avait été faite, que J.-P. Serres découvrait la seconde statue-menhir ensevelie sous la pierraille. (Fig. 2 et 3). Il s’agit de deux très belles statues-menhirs féminines.

Si la statue 2 est très classique mis à part la position des seins qui n’a d’ailleurs rien d’exceptionnelle, le symbole de la féminité ne restant qu’un symbole et non une précision anatomique, par contre le statue 1 demandera une étude plus poussée.

Au mois de mai 2005, M. Michel Marc de la ferme d’Albespy nous informait de la découverte d’une troisième statue-menhir, toujours dans le même tas de pierres. Cette nouvelle statue-menhir, entière, a néanmoins souffert de son long séjour souterrain, mais aussi des instruments aratoires qui ont effacé toute la partie située sous le visage jusqu’à la ceinture. Sous cette dernière, les jambes jointes possèdent des orteils démesurés. (Fig. 4) Le dos, intact, pose cependant un problème d’interprétation.

Ces quatre dernières découvertes, exceptionnelles, de statues-menhirs portent à 43 le nombre de monuments du sous-groupe du Rance, de loin le plus beau et le mieux représenté, sur un total de 69 statues-menhirs que compte maintenant le département de l’Aveyron. Ces dernières découvertes démontrent d’une façon éclatante que la pédagogie, la diffusion par les médias de toutes les trouvailles, que le travail d’information fait auprès des agriculteurs, la publication dans les revues spécialisées, cela depuis près d’un quart de siècle, portent actuellement ses fruits.

Et ces témoins millénaires d’une époque révolue, émouvants dans la représentation réaliste des hommes et des femmes de la préhistoire, nous amène à nous interroger sur l’origine lointaine de nos racines.

Jean Pierre SERRES

 


1- Jean-Pierre Serres : La statue-menhir de Montvallon, Cahiers d’archéologie Aveyronnaise n°18 p. 145-147. 2004.