Petite introduction à la Géologie du Rouergue

Les paysages et le relief, portes d’entrée pour la géologie.

La surface de la terre représente l’héritage d’une longue évolution dont le point de départ repose sur un patrimoine initial, l’environnement géologique et ses conséquences immédiates, la morphologie et le paysage.

Schéma géologique du Rouergue

 

L’aspect fondamental des paysages actuels du Rouergue est lié aux phénomènes d’érosion, dont les processus altération, ravinement transport de matériaux se succèdent inexorablement sous l’action des agents atmosphériques : pluie, glace, et leur conséquence, le ruissellement ; ils s’exercent sur des roches dont les caractéristiques, physiques, chimiques et structurales sont très variées, et il en résulte donc une grande variété de formes. L’altération de ces roches aboutit d’abord à la formation des sols dont les caractéristiques sont intimement liées à leur nature, et déterminent l’identité du couvert végétal naturel et son potentiel agricole ; le ruissellement et le ravinement s’exercent principalement sur ces sols, mais aussi sur la roche en place, dénudée lorsque le sol disparaît. Le couvert végétal, par l’action mécanique et chimique des racines, exerce aussi une action importante sur l’altération et le fractionnement des roches, à la base des sols. Et l’action de l’homme, en modifiant le couvert végétal qui le garnit, devient elle-même un facteur d’érosion. L’activité de l’érosion a comme corollaire le dépôt des matériaux véhiculés sous forme d’alluvions : c’est la sédimentation, qui prend place après un transport plus ou moins lointain, et un tri sélectif des matériaux en fonction de facteurs physiques ou chimiques : taille des particules, agitation du support aqueux, mise en solution, précipitation ou floculation.
 

Les régions naturelles du Rouergue

 

Les Roches et leurs transformations ou la vie aventureuse de la Matière et ses innombrables avatars...

La variété de paysages qui caractérise le Rouergue est liée à la juxtaposition de quatre grandes catégories de roches, sur lesquelles l’action de l’érosion aboutit à des modelés différents et caractéristiques ; chacune de ces catégories connexion à des processus génétiques fondamentalement différents et à des assemblages de minéraux particuliers, typiques de leur genèse

  • Les roches sédimentaires : les types en sont les calcaires des Causses et les grès du Rougier. Ces roches se sont : déposées en milieu aqueux, marin, lacustre ou fluviatiles, généralement en bancs plus ou moins épais et continus, lités, et à disposition initialement proche de l’horizontale. Il s’agit de matériaux en provenance du démantèlement d’une chaîne de montagne antérieure : sables, boues carbonatées et argiles, compactées et indurées par la suite. Ces roches sédimentaires renferment souvent des restes ou des empreintes d’organismes animaux ou végétaux contemporains de leurs dépôts, les fossiles, dont l’identification est à la base de la datation relative des couches (ou strates) qui les contiennent.

 

  • Les roches plutoniques : le type en est le granite. Elles se sont mises en place de façon massive au sein de l’écorce terrestre, elles sont isotropes et homogènes sur des volumes plus ou moins importants. Elles représentent la cristallisation par refroidissement de « magmas », que l’on peut assimiler à des liquides pâteux de très haute température, élaborés à partir du réchauffement de la fusion et de l’homogénéisation en profondeur de roches variées. Elles sont constituées principalement de cristaux de feldspaths, aluminosilicates de calcium, de potassium et de sodium, de micas, aluminosilicates de fer et de magnésium, et de quartz, oxyde de silicium (silice). En s’altérant sous l’action des agents atmosphériques, les silicates se transforment en argiles, leur fraction carbonatée et magnésienne est dissoute et transportée dans les eaux courantes pour se déposées sous forme de calcaires ou de dolomies, le quartz est libéré sous forme de sable siliceux : chacun de ces constituants fournit donc la matière première des grandes catégories de roches sédimentaires.

Entre ces extrêmes, deux catégories de roches forment des types intermédiaires : ce sont les roches volcaniques et les roches métamorphiques.

  • Les roches volcaniques (basalte de l’Aubrac) s’élaborent sous forme pâteuse à la partie supérieure des magmas plutoniques, sont éjectées et s’épanchent en surface selon des modalités liées à leur composition chimique ; bien que généralement massives, leurs émissions successives peuvent revêtir l’aspect tabulaire et lité des roches sédimentaires.

 

  • Les roches métamorphiques sont le produit de la transformation plus ou moins poussée, sous l’influence de la température et de la pression qui règnent en profondeur, de tous les types précédents, lors de leur enfouissement, elles constituent, par leur aspect leur comportement et leur composition, tous les termes de passage entre les catégories précédentes ; si la pression est orientée et la température modérée (enfouissement à faible profondeur), il se forme des roches feuilletées : schistes, micaschistes et gneiss ; si la pression est homogène et la température élevée (grande profondeur), les roches ont tendance à devenir massives et homogènes, constituant des « migmatites », dont l’évolution ultime abouti au granite. Les argiles et les carbonates reconstituent des feldspaths, le quartz recristallise, et les proportions des uns et des autres détermine la nature exacte de la roche métamorphique, tels les schistes et les gneiss du Ségala ou du Lévézou.

 

  • Les éléments chimiques transitent donc perpétuellement à travers différents minéraux, en fonction des cycles qui résument les transformations de la croûte terrestre : altération superficielle - sédimentation - métamorphisme - granitisation !

 

Le Rouergue fait affleurer dans un espace restreint ces quatre grandes catégories de roches, et offre clairement une lecture de leur relations dans l’espace et le temps : le très vieux « socle ancien » du Ségala, du Lévézou et de la Viadène, formé de roches en partie vieilles de plus de 550 millions d’années, métamorphisées vers 320 millions d’années, a fourni en profondeur les matériaux du magma ayant donné naissance aux granites d’Entraygues et de Villefranche ; l’altération et l’érosion de ce "socle ancien" ont fourni successivement les matériaux sédimentaires du "bassin houiller" de Decazeville, vers 300 millions d’années, des "Rougiers" vers 290 M.a., puis des "Causses" entre 200 et 130 Ma, qui se superposent dans l’ordre de leur dépôt ; finalement certaines fractions des magmas profonds, injectées dans les fractures de cet empilement de dépôts,ont donné naissance aux épanchements de laves de l’Aubrac et de l’Escandorgue qui coulent le tout à partir de 10 M.a.

Sur le Causse de Guilhaumard, dolines et petits reliefs de dolomies bathoniennes (Jurassique moyen)
Photo Parc naturel régional des Grands Causses

 

Les grandes unités géologiques forgent les personnalités des différents terroirs...
Les processus de l’érosion, à l’origine des particularités des paysages actuels, se sont donc appliqués sur des unités géologiques représentant chacune des ensembles d’origine et de comportement homogènes, dont la mosaïque est responsable de la diversité des paysages actuels du Rouergue et de la spécificité de leur aménagement par l’homme. Ces “grandes unités” sont les témoins d’épisodes successifs de l’histoire de la terre. Elles déterminent des domaines géographiques aux caractéristiques bien tranchées, dont la physionomie actuelle est évidemment liée à la dernière période géologique, le quaternaire, pendant lequel se sont creusées puis en partie remblayées les vallées et développés les sols sur lesquels la couverture végétale actuelle s’est implantée . L’activité de l’homme, apparu au cours de ce même quaternaire, laps de temps minuscule par rapport aux périodes qui le précèdent a conféré une touche finale au paysage en fonction des possibilités d’aménagement agricole et des disponibilités en eau. Par ailleurs, le cadre géologique joue un rôle prépondérant dans la spécificité de l’habitat en fournissant localement les ressources indispensables en matériaux de construction ; comme il sous-tend aussi les formes du relief et leur altitude il détermine l’organisation des volumes bâtis et son adaptation au climat. Enfin, à une échelle plus large, en conditionnant les grands traits de la morphologie, il commande les possibilités de voies de communication qui y sont liés.
En définitive ces domaines géographiques ont été identifiés depuis longtemps par la tradition populaire, qui en a fait des terroirs aux noms particuliers, avant d’être analysés et répertoriés par les géographes.

René Mignon.

“Les Amis des Sciences de la Terre”
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