Eugène Viala

Eugène Viala est né en 1859 à Salles-Curan où il termina sa vie en 1913.

Graveur du fantastique, peintre de talent il est considéré, par certains comme un précurseur du mouvement impressionniste. Mais c’est aussi un philosophe et un humaniste qui au travers de son œuvre nous fait part de sa philosophie de la vie et de son respect de la vie sous toutes ses formes.

Il fut le directeur d’une revue régionale illustrée, éditée par l’imprimerie Louis Loup-Forveille à Rodez, une édition bimensuelle qui connut 13 numéros entre 1908 et 1909. Cette revue s’intitulait « Le Cri de la Terre » en référence avec le combat acharné de Viala pour lutter, à son époque, contre l’affaiblissement de l’économie agricole consécutive à l’industrialisation en Aveyron.

 

Dans ce morceau choisi, Eugène Viala apparaît ici écologiste avant l’heure :

« Il a plu beaucoup ces derniers temps ; à toute époque on vit pleuvoir, à un certain moment de l’année, mais vit-on tant de fleuves débordés, tant de plaines lugubrement couvertes d’eau aux abords des pays montagneux ?... Plantez, plantez des arbres, dirons-nous à ceux qui les ont abattus ; ce à quoi ils répondent : si nous avons encore des arbres, nous allons nous hâter de les détruire. « Quant à replanter, non, monsieur, nous ne replanterons pas ». Et les hommes publics ont assez à faire à s’occuper de leurs familles et de leurs amis, pour avoir cure du danger. Il y a bien quelques rares propriétaires qui poussent la clairvoyance jusqu’à replanter des arbres, mais c’est là encore que l’on retrouve le je-m’en-foutisme du pouvoir. En somme, où donc est-ce que le mal du déboisement sévit le plus ? Si vous voulez bien me l’accorder, c’est surtout dans les pentes où la couche d’argile empêche l’absorption des eaux. Alluvions descendues des terrains primitifs, terrains schisteux des Ségualas, Lévezou, montagnes de Lacaune, Rougier de Marcillac. Or, Mossieu, l’État (connaissez-vous cette bête ?) vous octroie, à ceux, bénévoles, qui veulent bien replanter, non pas le plan qui convient au terrain, c’est-à-dire, pour tout notre infini pays de sources, le bois qui toujours y a poussé naturellement, tels le bouleau, le peuplier, le tremble, l’orme, le tilleul, l’érable, le sorbier, le cornouiller, le hêtre, etc., ah que non point ! Il ne connaît qu’un seul arbre, Monsieur l’État, un arbre qui n’a jamais poussé par là, qui ne prend que dans les pentes desséchées des hautes montagnes, où dans les terrains spongieux et arides de la Lozère le sapin ; essayez d’en demander d’autres, vous aurez peau de bal, et vous serez obligé de planter du sapin dans les cressonnières du Lévezou et sur les bordures humides des prairies afin d’empêcher l’herbe de voir le soleil au moment de la poussée de mars…  » (Eugène Viala, Le Cri de la Terre, numéro 7, janvier 1909)